vendredi 14 septembre 2012

Le boudhisme tibétain en eaux troubles.




A/Les scandales du temple des 1000 bouddhas.Kayu Ling (france) (1998-2012)


Le temple porte son nom en raison des mille petits bouddhas qu’il abrite, logés entre ses poutres colorées.


1/ rappel des faits.

1974 : création de la communauté par le grand sage indien Kalou Rinpotché.

1976 : création de deux centres de retraite.

1987 : inauguration du grand temple.

 1989 : mort du fondateur Kalou Rinpotché.


1990 : naissance de Kalou II (la réincarnation de Kalou 1 er) : il deviendra le maître de la communauté et le gestionnaire du site.


KALOU II

Années 1990 et 2000 : la communauté se développe et compte jusqu’à 70 membres.

Février 2009 : le pavillon du Bhoutan, présenté en 2000 à l’exposition universelle à Hanovre et acheté par le conseil général, est cédé à l’euro symbolique à la 

commune de La Boulaye. Il sera reconstruit prochainement à côté du temple.

Avril 2010 : vivant en Inde, Kalou II revient à La Boulaye, où il est accueilli avec faste.

Mai 2011 : trois lamas bhoutanais comparaissent au tribunal de Chalon pour abus de faiblesse sur un membre de la communauté.

Juin 2011 : les lamas sont relaxés par la justice, mais ils sont exclus de la communauté par les responsables de celle-ci, qui devient gérée par des lamas français et non plus bhoutanais


2/ Témoignages

1/ l'adepte

Dix ans après les viols qu’elle a subis dans un centre d’enseignement du bouddhisme où elle résidait, Sandrine* témoigne et brise l’omerta. Trois autres plaintes ont été déposées.

Quand elle arrive de Paris pour « faire le point sur sa vie », Sandrine, 29 ans, pense trouver au temple des Mille Bouddhas le cadre idéal pour développer quête de sens et spiritualité non-matérialiste. Kayu Ling est le plus ancien centre d’enseignement de philosophie bouddhiste de France, comme sorti de nulle part, à la limite des collines du Morvan et de Toulon-sur-Arroux. Premier temple de la lignée du Rinpoché, grand maître tibétain, il draine entre 6000 et 7000 stagiaires chaque année.

Vingt ans après ses premiers pas à Kayu Ling
où elle a résidé de 1992 à 2001, Sandrine témoigne de son calvaire et critique les relations d’abus de pouvoir entre les lamas bhoutanais (les lamas sont des maîtres du bouddhisme enseignant à leurs disciples la pratique de la méditation).

 La parole de Sandrine ne se libère qu’en août 2010, alors qu’elle était convoquée à la gendarmerie d’Autun en tant que témoin sur une affaire de mœurs à Kayu Ling. Elle décide alors, elle aussi de porter plainte et de rejoindre les trois autres plaignantes dont certaines étaient mineures au moment des faits.

Les deux premières années au temple des Mille Bouddhas sont heureuses pour Sandrine qui travaille bénévolement au temple.

Omerta

En septembre 1998, elle est séparée de son conjoint. « J’étais couchée dans mon chalet, la porte était fermée à double tour, un lama d’un centre espagnol de Kayu Ling est entré chez moi et a abusé de moi pendant mon sommeil », explique-t-elle. Elle prétend que les doubles des clés de tous les chalets étaient enfermés dans le bureau du directeur.

Mais Sandrine garde le silence. « Je n’ai rien dit parce que j’avais peur et qu’il me manquait des éléments. J’étais désemparée. Je ne me souvenais que d’une partie, j’avais l’impression d’avoir été droguée », explique l’ex-résidente qui assure que dévoiler ce sordide secret aurait attisé la jalousie des autres femmes de la congrégation.

« La plupart aurait rêvé de coucher avec un lama, j’en ai même vu gratter à la porte du lama Tempa toute la nuit avec leurs ongles », se souvient-elle.

 Mais c’est surtout parce qu’elle a peur pour son enfant que Sandrine ne dit rien. « J’ai été menacée, si je révélais ce qui m’était arrivé, on allait emporter mon fils au Bouthan,
 on me l’avait fait clairement comprendre », atteste-elle.

Deux mois plus tard, en novembre 1998, la malheureuse expérience se répète avec un « maître de peinture ». Mais l’ancienne fidèle se trouvant sans personne vers qui se confier et ne porte toujours pas plainte. 

« En janvier 1999, un lama du temple de Vincennes, m’a raccompagnée dans mon chalet après une soirée. Je me suis réveillée le lendemain, nue et sans aucun souvenir. J’étais bouleversée », se souvient-elle.

Violence extrême

Pourtant, la vie continue et la belle s’amourache d’un lama venu de Belgique et tombe enceinte. Ce futur bébé déplaît fortement au directeur du temple, lama Seunam, qui avait des ambitions pour Sandrine à l’extérieur. Dénigrée par le directeur, la jeune femme se retrouve alors complètement isolée et mise à l’écart.

« Le 2 août 2010, le lama Tempa s’introduit dans mon chalet avec le double des clés. Je pense qu’il avait été envoyé pour régler le problème, suppose Sandrine. Il était furieux, il m’a bâillonné la bouche avec la main,

et m’a agressé si violemment que j’ai perdu mon fœtus », décrit-elle à demi-mot. La perte de son bébé joue sur l’ancienne disciple comme un électrochoc. Elle ne pense plus qu’à une chose, quitter le centre.



« Deux mois après, en octobre 2000, le lama Tempa a forcé de nouveau le passage du chalet, il a forcé un jeune lama d’un centre parisien à le suivre. Il m’a envoyé valdinguer, je me suis cassé une vertèbre et ça m’a valu 10 ans de kiné derrière », précise Sandrine, encore émue. « J’ai failli perdre connaissance à cause de la violence de l’acte », résume la quadragénaire.

Plaintes

En décembre 2001, Sandrine et son enfant quittent Kayu Ling et emménagent dans la région. C’est en 2003 qu’elle dépose une première plainte à la gendarmerie quand son enfant, revenant d’une visite à

 son père resté résident du temple, lui annonce que « le lama Tempa s’est mis tout nu devant lui ». 

La plainte restera sans suite par manque de témoignage. Mais Sandrine profite de son élan pour partir aux prud’hommes contre le temple en 2004. Déboutée en appel, elle oublie Kayu Ling pendant plusieurs années.

En août 2010, Sandrine est convoquée à la brigade de recherches d’Autun. Trois autres victimes ont déposé plainte pour viols et agressions sexuelles. Pendant l’entretien avec l’enquêteur, Sandrine s’effondre et porte plainte dans la foulée pour les deux viols les plus violents qu’elle avait subis plusieurs années auparavant.

Mais son histoire n’est que la partie immergée de l’iceberg.

*Prénom d’emprunt


Depuis,une nouvelle équipe a repris le flambeau ,comme l'atteste cette interview :

Lama Puntsok : « Le temps de la toute-puissance est terminé 


Mi-septembre 2012,les premières confrontations entre le Lama Tempa et les victimes ont eu lieu.


le Lama Tempa est placé en détention provisoire à la prison de Varennes-le-Grand depuis mai 2012. Une enquête financière de détournement de fonds a également été ouverte. Les trois anciens lamas  étaient les fondateurs du temple. Ils ont été exclus de cet ordre religieux pour fautes graves.

http://www.dailymotion.com/video/x4qdcb_un-lama-en-bourgogne_news

video de 2008/ un lama en bourgogne
Lama Seunam ne dirige plus Kayu ling en 2012

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lama_Seunam



2/LE MAÎTRE


« Les confessions de Kalou rinpoché » sur la toile .Avec 55 500 vues, la vidéo « les confessions de Kalou Rinpoché »(alias Kalou II) postée sur Facebook en novembre 2011 a connu un succès relatif. 

Pourtant c’est un véritable pavé dans la mare du monde bouddhiste. Sa précédente réincarnation Kalou Rinpoché (maître légendaire du bouddhisme tibétain, 1904-1989) avait fondé une quarantaine de monastères et centres d’enseignement dans le monde que les dernières révélations de Kalou Rinpoché ont doucement sécoué. En France, le plus ancien centre est celui de Kayu Ling à La Boulaye créé en 1976. Il draine 6 000 à 7 000 retraitants chaque année.

Kalou Rinpoché, aujourd’hui 23 ans, explique en anglais à la caméra qu’il a été « abusé sexuellement par des moines plus âgés », au début de son adolescence. « C’est une question d’argent, de pouvoir de contrôle…

et ensuite je suis devenu toxico à cause de tous ces malentendus et je suis devenu fou. »


 Kalou Rinpoché a posté cette vidéo deux mois après avoir demandé aux lamas bhoutanais résidents à Kayu Ling de se retirer.

L’histoire commence en avril 2010. Lors de la visite de Rinpoché, des entretiens individuels sont mis en place. Ce soir-là, le lama tibétain entend une quarantaine d’histoires similaires, la plupart mettant en cause lama Tempa sur des affaires de mœurs. Cela le rend malade au point qu’il quitte le centre pour aller dormir à l’hôtel. Pourtant, le Dharma le pousse à ne pas remettre en cause leur position.

 Un an après, en avril 2011, lendemain de son arrivée, il est auditionné par l’enquêteur de la gendarmerie d’Autun. Après cet entretien, Kalou Rinpoché réunit les lamas et leur annonce sa décision de retirer leur nom des statuts de la congrégation, en raison des affaires judiciaires en cours. Et de nommer une nouvelle équipe de lamas occidentaux.

En riposte, les lamas bhoutanais refusent de reconnaître l’autorité de Kalou Rinpoché. Huissier, enquêteur et fonctionnaire des RG sont sur le temple. Pendant les enseignements la sécurité du maître spirituel est assurée 24 heures/24 par des policiers en civil et des professionnels de la garde rapprochée du Dalaï-lama.

« Je veux changer de système pour un autre système qui n’implique pas les abus de pouvoir ou les malversations (...) Je veux garder le Dharma pur. Je veux garder Kayu Ling sain et sauf », déclare Kaou Rinpoché lors de cette visite (la version traduite est disponible sur le site Internet du temple).

Deux mois plus tard, il poste ses confessions et dans la foulée, répond aux questions du magazine américain Detail.

« Il est très important que les gens n’oublient pas que le bouddhisme et les bouddhistes sont deux entités différentes. Le bouddhisme est parfait. »




3/l'ARGENT 


Gros sous
Le parquet confirme également l’ouverture d’une enquête financière de détournement de fonds. Aucune mise en examen n’est pour l’instant prononcée. Plusieurs sources proches de l’enquête évoquent des détournements de fonds de 400 000 €. 

« Pendant les fêtes du nouvel an tibétain Lama Sonam (l’ancien directeur du temple) avait coutume de faire un discours où il parlait entre autres des lourds frais de fonctionnement du temple, des bâtiments à restaurer, des emprunts à rembourser, et il faisait appel au bon cœur des gens. 

Bon nombre avaient déserté Kayu Ling après avoir découvert sa nouvelle voiture, un 4X4 flambant neuf… », affirme-t-on. On évoque également une tournée mondiale des casinos avec la carte bleue du temple.

Le lama Sonam, résiderait toujours à La Boulaye. Ses disciples ont créé un blog de soutien sur internet « soutenir les lamas de Kayu Ling ».



Autre cas dans le boudhisme tibétain : 

REPÈRES

1947 Naissance de Sogyal Lakar, futur Rinpoché, au Tibet.

1971  Sogyal  Rinpoché arrive en Angleterre.

1991 Il fonde Lerab Ling, centre de retraite bouddhiste tibétain au coeur des Cévennes.

1993 Sortie du Livre tibétain de la vie et de la mort, best-seller de littérature spirituelle.

2002 Le centre devient congrégation religieuse par décret.

2008 Le temple est inauguré en grande pompe par le dalaï-lama. L'Union bouddhiste de France estime aujourd'hui à 600 000 personnes le nombre de bouddhistes en France (230 à 500 millions dans le monde).


Dimanche 6 Novembre 2011 à 12:01



Sogyal Rinpoché, lama tibétain de renommée mondiale, vient d'achever une retraite de quatre jours à Paris. Destinés à initier les Occidentaux à la pratique de la méditation, les enseignements de ce maitre tibétain connaissent un vif succès. Pourtant, les rumeurs sur la légitimité du personnage ne cessent de croître : le gourou entretiendrait des relations à la limite de l'abus de pouvoir avec ses disciples les plus proches. Reportage à Lerab Ling, dans le principal centre de retraites Sogyal Rinpoché.



Sogyal Rinpoché en personne, tu te rends compte ? » « Je l'ai déjà vu une fois pendant une conférence à Amsterdam, mais de loin » « Une semaine entière avec lui... Je me sens tellement privilégiée.» Dans le luxueux temple bouddhiste de Lerab Ling, niché au coeur des Cévennes à Roqueredonde, l'excitation atteint son comble :

 l'arrivée du maître a été annoncée. Assis dans la position du lotus - éminemment inconfortable pour quiconque ne pratique pas assidûment le yoga -, les disciples ont écouté patiemment le discours d'introduction à cette retraite de méditation qui va les occuper pendant huit jours. 

Ils ont bien noté les règles à respecter : ne pas boire d'alcool, ne pas fumer, ne pas utiliser son téléphone portable, et parler le moins possible. Sauf sur le parking du centre, où ces comportements de débauche sont autorisés. Maintenant, action ! Les retraitants veulent voir leur gourou, en chair et en os.

Sogyal Rinpoché ? Un lama de renommée mondiale. Né au Tibet en 1947, il a été reconnu très jeune comme la réincarnation d'un des maîtres du treizième dalaï-lama, ce qui impose le respect de la communauté religieuse.

 Dès son arrivée en Europe, en 1971, il commence à enseigner les rudiments du bouddhisme tibétain aux Occidentaux. En plein rejet du christianisme, la génération hippie se passionne pour cette forme de spiritualité exotique.

Esprit moderne, corps tibétain

Obèse mais énergique, le petit homme prend de l'envergure, jusqu'à fonder le centre de Lerab Ling. Le temple, modèle d'architecture bling-bling en pleine nature, est inauguré en grande pompe par le dalaï-lama en 2008, en présence de Carla Bruni-Sarkozy, Rama Yade et Bernard Kouchner. 



Il accueille aujourd'hui de 2 000 à 3 000 retraitants chaque année. La brochure de promotion dit de Sogyal Rinpoché qu'il a un « don remarquable pour réunir plus de deux mille cinq cents ans de sagesse et d'expérience bouddhistes d'une manière authentique, accessible, et tout à fait pertinente pour le monde d'aujourd'hui ».

 Un esprit moderne dans un corps tibétain (ou l'inverse) : le gourou fait mouche chez les Européens en quête de sens. Il est aussi l'autorité spirituelle de l'association Rigpa qui rassemble 130 centres bouddhistes dans 41 pays du monde, et l'auteur du Livre tibétain de la vie et de la mort, vendu à plus de 2 millions d'exemplaires dans le monde. Autant dire que Sogyal Rinpoché est à l'amateur de nourriture spirituelle ce que Lady Gaga est au fan de musique pop : une superstar.

 Mais sa notoriété et le succès que rencontrent les retraites n'empêchent pas les rumeurs persistantes sur la légitimité du personnage. Rinpoché ne serait pas le véritable auteur de l'ouvrage qui a fait sa renommée, et surtout, il entretiendrait des relations à la limite de l'abus de pouvoir avec ses disciples les plus proches (lire plus bas)...

Mais, en ce mois de juillet 2011, les 500 personnes inscrites à la traditionnelle retraite estivale de Lerab Ling ont d'autres préoccupations. Venues d'Italie, des Pays-Bas, d'Allemagne, d'Angleterre ou de France, toutes ont délaissé les plages et l'apéro au rosé pour s'isoler huit jours dans l'espoir de découvrir les secrets de la méditation.



 On compte bien dans l'assemblée un hippie quinqua et deux ados gothiques, mais l'essentiel est constitué de gens « ordinaires », venus seuls, en couple ou en famille. Unis par l'originalité de leur démarche, les participants ont le bon goût de ne pas se taper dessus quand les précieux coussins, indispensables pour tenir des heures assis en tailleur, viennent à manquer. 

Ceux qui en avaient discrètement empilé cinq sous leur postérieur ne rechignent pas longtemps à les céder à leur voisin : l'essentiel, après tout, est d'être en position de voir le gourou. Les architectes du temple ont prévu le coup en disséminant des écrans plats un peu partout dans la salle. Des interprètes se chargent de traduire les discours de l'anglais syncopé de Sogyal Rinpoché (« Is dat clear ? D'you undeustand ? ») dans les différentes langues des retraitants.

Humiliations publiques

Quand le maître apparaît enfin sur l'estrade dans sa robe orange, comme il le fera chaque jour aux alentours de midi, les 500 groupies se lèvent comme un seul homme. Les plus zélés entament même une prosternation bouddhiste (genoux, ventre et front à terre) difficile à mener à bien, chacun disposant d'un espace limité aux dimensions de son coussin. Sogyal Rinpoché, c'est 1 m3 de pure sagesse : ça s'accueille dignement. « Il a les cheveux plus noirs que la dernière fois, non ? » murmure une femme à son mari. Rinpoché, qui signifie en tibétain « le Très Précieux », prend effectivement soin de son apparence. Les cheveux blancs, c'est un charme dont il se passe.

Ce matin-là, dans le temple à la décoration surchargée, où domine un bouddha en or de 7 m de haut, le gourou pointe d'un doigt agacé un grand portrait de maître placé derrière lui. « Qu'est-ce qu'elle fait là, cette photo ? » demande-t-il sèchement à ses assistants. S'ensuivent vingt minutes de mise au point et de brimades, alors que nonnes et disciples s'agitent en tous sens pour déplacer la photo. Au fil des « enseignements » dispensés chaque jour, ces scènes deviendront vite habituelles : 

loin du calme détachement du dalaï-lama, le chef spirituel du temple de Lerab Ling s'énerve, se moque et engueule ses collaborateurs. Qui pour une photo, qui pour un verre tombé, qui pour une porte mal fermée. L'exercice prend parfois des allures d'humiliation publique. « Faites-moi penser à investir dans un costume et une coupe de cheveux pour lui », dira-t-il à propos d'un de ses disciples, déclenchant l'hilarité de la salle.

De quoi rendre perplexes certains élèves. Laura, une Française de 31 ans, s'interroge : « Je n'arrive pas à faire le lien entre le Livre tibétain de la vie et de la mort, qui m'a bouleversée, et le personnage que je viens de découvrir ». Les « nouveaux » se rejoignent tous sur un point : pourquoi diable le maître s'acharne-t-il sur ses assistants qui se plient en quatre pour le servir ?

 « C'est vrai que cela peut surprendre, reconnaît Jack*, l'un des animateurs, un Américain qui essuie au moins 10 blagues par jour de la part du gourou. Mais c'est un enseignement. Si vous ne comprenez pas, c'est le but ! C'est pour casser vos concepts et vos habitudes ». Soit. Les retraitants ne se découragent pas pour si peu, et ils continuent à se lever de bonne grâce pour être à 9 heures pétantes dans le temple, prêts à recevoir la bonne parole.

L'épreuve du feu pour tester la volonté des disciples de casser tous leurs concepts se présente le troisième jour. Sans doute encouragé par le climat de compassion qui règne à Lerab Ling, un Néerlandais d'une quarantaine d'années juge le moment opportun pour se confesser devant le maître, et accessoirement devant les centaines de personnes également présentes dans le temple. L'homme prend la parole pour évoquer ses problèmes conjugaux, et la manière dont sa femme lui hurle dessus à toute occasion.

 Le gourou se lance alors dans un véritable show : « Avez-vous essayé de l'interrompre en l'embrassant ? Ou en lui faisant l'amour passionnément ? Non ? Et sinon, avez-vous essayé de prendre des cours de karaté ? » Le succès est immédiat, les retraitants se tapent sur les cuisses. « Vous êtes néerlandais ? Ce sont les pires. Peut-être que votre femme a raison de dire que vous ne savez pas communiquer ! Avez-vous essayé de lui dire simplement : « Jawohl, jawohl, mein Führer » ?» La salle s'étrangle de rire devant ces conseils illuminés de sagesse.

Mais la séance prend un tour inattendu quand l'homme se met à raconter ce qui suscite le courroux de sa femme : « J'ai travaillé pendant vingt-cinq ans avec des enfants handicapés mentaux. Un jour, j'ai abusé de ma position avec l'un d'eux ». Frémissement dans l'auditoire. « Je l'ai dit à ma femme, et c'est pour ça qu'elle fait peser une pression terrible sur moi, elle a toujours peur que je fasse quelque chose à notre fille de 4 ans ».

 Devant le manque d'ouverture d'esprit manifeste de l'épouse, le maître choisit le silence. Il commence à être à court de blagues. « Un jour, elle a dû partir quelques jours. J'ai fait couler un bain pour ma fille et moi... L'eau était trop chaude, j'ai eu une sorte de malaise : je pouvais entendre et voir, mais je ne pouvais pas bouger. Et c'est là que ma fille m'a sucé ». La salle est muette, interdite. Sogyal Rinpoché reprend la parole : « C'est très courageux de le dire devant tout le monde ». Des applaudissements compatissants viennent saluer l'aveu de ces deux crimes pédophiles.

Le soir, on annonce que le « monsieur ayant tenu des propos provocants » a quitté la retraite et que « des gens compétents s'en occupent ». 

Le sujet divise les retraitants et alimente toutes les conversations. Les plus anciens élèves viennent voir les nouveaux, pour discuter avec eux du « mouvement de colère » que l'épisode soulève chez certains. « C'est intéressant que tu réagisses de manière aussi virulente, estime une disciple confirmée d'une soixantaine d'années, en s'adressant à une jeune femme en larmes. - Pour moi, c'est stupéfiant que ça te laisse aussi indifférente », lui répond-elle. Dès le lendemain cependant, l'épisode du « Néerlandais aux propos provocants » est enterré.

Silence, le gourou pète !

Encore cinq jours à tenir. Chacun se recentre sur son objectif : apprivoiser l'esprit qui s'échine à nous rendre malheureux, réveiller le bouddha qui sommeille en nous. Pour l'atteindre, une seule solution : suivre le maître. Les retraitants apprennent bien vite que tout ce que fait ou dit Rinpoché est un teaching, un « enseignement ». Personne n'a de mal à le comprendre quand il évoque avec beaucoup de clarté les principes de base de la méditation. 

Les élèves, enchantés, commencent à toucher du doigt le calme que procure la pratique du « repos de l'esprit », et c'est bien pour cela qu'ils sont venus. Mais c'est beaucoup moins évident quand le gourou se transforme en incarnation tibétaine de Jean-Marie Bigard et se met à imiter le bruit d'un pet ou à disserter sur les vibromasseurs. Ou quand il passe la moitié de la session à rabrouer son équipe parce que son gratte-dos n'est pas en place. Pendant le déjeuner, les retraitants échangent leurs impressions

. Le conseil dispensé par les disciples confirmés est limpide : il ne faut surtout pas entrer en « résistance » avec les enseignements. Seule la « dévotion » de l'élève permet d'atteindre une authentique « connexion » avec Rinpoché. C'est lui-même qui l'explique le plus clairement : « Suivez les enseignements, ne réfléchissez pas trop. Je suis votre boss, je suis votre maître, votre rôle est de me suivre ». Au début de la semaine, l'accent était mis sur la communication ; mais à partir du quatrième jour, le gourou change d'avis et propose de supprimer les ateliers de discussion de l'après-midi qui, selon lui, ne servent à rien.

 On conseille au néophyte en quête d'éveil de ne pas trop poser de questions, mais plutôt de regarder le visage du maître quand il médite, d'écouter sa voix qui a des « pouvoirs spéciaux » et de prier pour lui quand il n'est pas dans son assiette. Sogyal Rinpoché promet que la technique a fait ses preuves. 

Il raconte comment certains de ses élèves ont guéri du cancer ou retrouvé la vue grâce à la force de leur « connexion ». Motivés, la plupart des retraitants suivent ces conseils avisés. Après tout, ils ont bien l'intention de tirer un maximum de bénéfices de l'expérience : ils ont payé pour ça.

Cash machine


Les plus jeunes et les plus fauchés (souvent les mêmes) ont déboursé 500€. Pour cette somme, ils ont accès aux enseignements, aux repas (légumes avec accompagnement de... légumes), et sont autorisés à planter leur tente dans la forêt. 

Il y a beaucoup de moustiques, et la distance qui sépare les dernières tentes du bloc sanitaire transforme toute envie nocturne en véritable expédition. Par ailleurs, les tempêtes à répétition et les températures autour de 7 °C (le centre est perché à 850 m d'altitude) ont fini par faire craquer les plus vaillants.

 Au sixième jour, une Française se jetait en travers du chemin de Sogyal Rinpoché pour implorer de dormir dans un endroit sec. Son geste désespéré et ses cernes sous les yeux ont convaincu le maître, qui lui a affecté un chalet privé pour la nuit suivante. Au grand dam de tous les autres campeurs qui ont amèrement regretté de ne pas avoir eu la même idée... ou de ne pas avoir rallongé la facture de quelques centaines d'euros pour dormir dans un chalet.

Les retraitants doivent également s'acquitter d'une tâche quotidienne appelée « rota » pour participer à la vie du temple. Les plus  «avancés » sur le chemin spirituel n'hésitent pas à se dévouer au nettoyage des toilettes, les autres préfèrent donner un coup de main à la compta : 500€ minimum la retraite multipliée par 2 000 ou 3 000 disciples, cela fait au bas mot de 1 à 1,5 million d'euros qui rentrent dans les caisses. Ils peuvent aussi aider la boutique du centre.

C'est dans cette échoppe que l'on peut faire l'acquisition des ouvrages spirituels de référence et des photos des grands maîtres. L'endroit offre également l'occasion d'apprécier qu'on peut être bouddhiste sans être dépourvu d'un sens aigu du marketing : tasses Lerab Ling, coussins de méditation Lerab Ling et T-shirts « Osez la méditation ! », on trouve de tout.

A la fin de la retraite, les participants dépensent facilement 70€ pour rapporter chez eux un souvenir de cette semaine 
hors du temps pendant laquelle ils se sont consacrés, souvent avec quelque succès, à l'apaisement de leur esprit, en méditant plusieurs heures par jour et en écoutant en boucle le message du Bouddha. Ou plutôt celui de Sogyal Rinpoché, qui pourrait se résumer en deux mots : « Adulez-moi ».

Mais, pour l'instant, ceux qui s'en plaignent à voix haute sont encore rares...

* Tous les prénoms ont été changés.



En novembre 1994, une femme connue sous le pseudonyme de Janice Doe porte plainte contre Sogyal Rinpoché pour « abus sexuel, mental et physique ». L'affaire se règle hors tribunal par une transaction financière. Si aucune nouvelle plainte en justice n'a été déposée depuis, les forums Internet regorgent de témoignages d'élèves ayant quitté l'association de Sogyal Rinpoché en raison d'un comportement jugé « non conventionnel ». Daniel Genty est le créateur d'un blog consacré au cheminement spirituel intitulé « Les voies de l'âme ». 

En octobre 2007, il poste un extrait du Livre tibétain de la vie et de la mort qui lui a particulièrement plu. A sa grande surprise, le billet suscite pas moins de 462 réactions, dont certaines sont particulièrement virulentes à l'adresse du chef spirituel de Lerab Ling. Car voilà : Rinpoché se revendique d'une tradition, celle de la « folle sagesse » (lire l'entretien avec Marion Dapsance plus bas).

Un héritage particulièrement inadapté aux normes occidentales, dans la mesure où il autorise toutes les pratiques, notamment sexuelles, pouvant amener les élèves à l'éveil. « Le maître, c'est comme le feu, dit un proche du gourou. Si on en est loin, on a froid ; si on s'approche trop, on se brûle ». Mimi, qui a travaillé comme assistante personnelle du maître pendant trois ans, fait partie de celles qui se sont brûlées. 

« Mon job, c'était d'être à sa disposition : le laver, l'habiller, transmettre ses ordres aux autres, dormir au pied de son lit au cas où il aurait besoin de moi, préparer ses voyages...» S'occuper du maître n'est pas une mince affaire. 

Chaque déplacement de Rinpoché mobilise des dizaines de personnes et répond à des règles dignes du protocole royal britannique. Le « collaborateur » privilégié se voit remettre un document de plusieurs dizaines de pages de consignes à respecter :

 veiller à ce qu'il y ait toujours de la nourriture et à boire dans la voiture, s'assurer que quelqu'un à l'arrivée est prêt à lui ouvrir la portière, exiger un menu composé de viande bovine quand Rinpoché doit prendre l'avion (loin d'être végétarien, le maître adore le boeuf), ainsi qu'une place à l'avant de la cabine... La liste est sans fin.

 « Après quatre mois de ce régime, on est épuisé, on ne réfléchit plus. Le jour où il m'a demandé de me déshabiller, je l'ai pris comme un test de plus pour évaluer ma dévotion », dit Mimi. Un « test » qui lui a été présenté comme une grande chance dont elle devait à tout prix conserver le secret. 

Aujourd'hui, alors qu'elle a définitivement quitté le maître, l'ancienne disciple a décidé de parler. Elle a témoigné dans le cadre d'un documentaire sur les abus de pouvoirs intitulé « In The Name Of Enlightenment » (« Au nom de l'éveil »). 

Réalisé par Debi Goodwin, le film a été diffusé le 23 mai 2011 sur la chaîne canadienne Vision TV. Mimi travaille à l'écriture d'un conte autobiographique sur ses rencontres dans le bouddhisme. Dans l'entourage du maître, on rappelle que Rinpoché n'est pas un moine, et qu'il est en droit d'avoir des relations sexuelles avec ses élèves si elles sont consentantes : « Tout ce que fait le maître, c'est toujours dans le but d'amener à l'éveil. Si la disciple ne comprend pas la chance qu'elle a d'avoir une telle connexion avec le maître, c'est que son ego revient en force. C'est très dommage ».


BANDE ANNONCE 








Interview Marion Dapsance, doctorante en anthropologie

Doctorante en anthropologie à l'Ecole pratique des hautes études, Marion Dapsance travaille sur l'importation du bouddhisme tibétain en Occident. Elle s'intéresse plus particulièrement à Lerab Ling et aux autres centres ouverts par Sogyal Rinpoché en France.

Marianne : Pourquoi un tel engouement pour une pratique spirituelle si éloignée de nous culturellement ? 



Marion Dapsance : Justement parce que c'est éloigné de nous ! Il y a tout un imaginaire romantique qui a fait du Tibet un sanctuaire de pureté abritant une « spiritualité originelle », non entachée par la civilisation « matérialiste » de l'Occident. Le bouddhisme n'aurait notamment aucun des défauts attribués au christianisme : il se caractériserait par une absence de dogmes, d'autorité, de hiérarchie.

 Son succès repose en grande partie sur un rejet de l'Occident, qui correspond souvent, pour les Occidentaux qui s'y adonnent, à une véritable détestation de soi. Le paradoxe de cette adhésion négative est double : d'une part, l'« alternative » en question consiste souvent à se présenter comme une « science » (la fameuse « science de l'esprit »), qui est un critère éminemment occidental. 

D'autre part, en cherchant à éliminer leur bagage culturel considéré comme un « obstacle » à la vérité ou au bonheur, certains pratiquants arrivent à un état de confusion tel qu'ils en viennent à poser des actes absolument contradictoires avec ce qu'ils disent par ailleurs faire. Tout en prônant la liberté d'esprit, ils s'en remettent parfois corps et âme à un maître. Je ne parle pas ici bien sûr de tous les pratiquants, mais d'une partie - assez importante néanmoins - d'entre eux.

Qu'est-ce que la « folle sagesse » ?

M.D. : La « folle sagesse » est une notion théorisée par l'un des plus célèbres vulgarisateurs du bouddhisme tibétain 
en Occident (actif surtout dans les années 70) : Chögyam Trungpa. Ses ouvrages sont des best-sellers - comme le livre de Sogyal Rinpoché, du reste. Il s'inspire à la fois de la tradition tibétaine des « saints fous », ces yogis vivant à la marge de la société, et du mouvement contre-culturel des années 60-70.

 Le mot d'ordre est la rupture vis-à-vis de tout type de convention. L'idée est aussi que la sagesse d'un maître est tellement grande qu'elle dépasse notre entendement - ce qui conduit à la seule position possible : la foi. Puisqu'il est considéré mauvais de s'interroger sur le bien-fondé des enseignements, cela peut conduire à de réels abus d'autorité.

Comment éviter ces écueils, sans pour autant se priver des bénéfices que peut nous apporter la découverte du bouddhisme tibétain ?

M.D. : L'important est sans doute de rester lucide sur les personnes que l'on a en face de soi, je veux parler des « maîtres ». Ce sont avant tout des êtres humains, avec des défauts, des ambitions, des lacunes, et porter sur eux un regard critique est un geste salutaire qui n'empêche pas l'appréciation de leurs qualités d'enseignants « 










Autre scandale : mai 2012

Six moines au cœur d’un scandale ont été contraints de quitter l’Ordre Bouddhiste le plus important de Corée du sud. Leur faute : ils ont bafoué les principes de leur religion en fumant, buvant et en s’adonnant une partie de poker high stakes illégale dans hôtel de luxe le mois dernier.




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Des moines bouddhistes filmés dans un jet privé font scandale en Thaïlande (2013)



Crise du bouddhisme en Thaïlande (2013)

Le nombre de pratiquants est en chute libre, la faute à un clergé plus opulent qu’exemplaire.



Sexe, drogue et luxe : quand les moines bouddhistes dérapent (2013)

*Les Dévots du bouddhisme, éditions Max Milo, 20€, 15 septembre 2016.écrit par Marion Dapsance,



La face cachée du bouddhisme en Occident

Le portrait que dresse l’auteure de l’un des plus célèbres lamas à avoir exporté sa religion en Occident va dans le même sens et tranche avec l’aura quasi divine que lui confèrent ses disciples.
Rinpoché est décrit comme un « enfant » ultra-matérialiste, gérant Rigpa comme une multinationale. 

La liste de ses besoins lors de ses déplacements ne correspond pas exactement à l’idée que l’on se fait d’un sage décryptant les mystères de l’esprit : 

une télévision (avec la BBC et CNN), un lecteur DVD, un parc et une piscine (chauffée à 30°c minimum) à proximité, un lit double, un steak-frites pour le repas,
etc...le tout dans des hôtels luxueux avec une délégation pour s’occuper du moindre de ses besoins, et notamment celui de se faire masser.


D’anciennes « dakinis », des femmes au service de Rinpoché que Marion Dapsance a rencontrées, racontent leur passage dans la chambre d’un chef qui retournait alors les peintures de divinités pour laisser apparaître des photos de nus, avec manifestement un fort intérêt pour Emmanuelle Béart.

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